Thursday, December 5, 2013
Tuesday, November 26, 2013
Friday, August 30, 2013
Conte: Duniakadi
DONNIYAKADI
N’i ye diɲɛ yaala, n’i ma fɛn sɔrɔ, i na fɛn caman dɔn.
Si tu parcours le monde, même si tu ne gagnes rien, tu
connaîtras maintes choses.
Il était une fois un homme qui s’appelait
Kélénako. Dieu avait fait de lui un homme riche : il possédait en grand
nombre des ânes, des vaches, des moutons et des chèvres. Il avait également
d’immenses réserves de nourriture, au point qu’il ne savait même plus quoi en
faire.
Il n’avait qu’une seule sœur, Lafili, qui
avait épousé un homme d’un autre village. Dans ce village, appelé Nianibougou,
Lafili, son mari et leurs enfants vivaient misérablement et souffraient souvent
de la faim.
Un jour, Lafili décida de se rendre chez
son grand-frère pour lui demander un peu de mil. En effet, cela faisait trois
jours que ses enfants n’avaient presque rien mangé.
Lafili marcha pendant quatre jours,
accompagnée de son plus jeune fils. Arrivée chez son frère, elle fit les
salutations d’usage, puis lui dit :
- Grand frère Kélénako, me voilà aujourd’hui devant toi. Je ne suis pas en
paix, je suis malheureuse. Je n’ai plus rien à donner à manger à tes neveux.
Nos proverbes disent : « que l’on trouve du bois ou que l’on n’en trouve
pas, tout le monde sait que c’est dans la brousse qu’on doit le
chercher ». On dit aussi que « quand les yeux tournent de droite à
gauche dans leurs orbites, c’est qu’ils cherchent un visage qui leur serait
familier ». Notre grand-père disait enfin que : « mieux vaut se
faire tuer par sa propre vache que par celle d’autrui ». Je suis venue
pour te demander un peu de mil .
A ces mots, les yeux de Kélénako rougirent
comme du sang. Il répondit :
- Lafili, tu es venue ici, c’est normal. Tu as des problèmes, c’est
certain. Quant aux miens, je ne peux même pas les raconter. Je n’ai chez moi
aucun grain de mil, si petit soit il ! La nuit passée, nous nous sommes
couchés sans rien manger. Il ne faut pas m’en vouloir mais je ne peux vraiment
rien pour toi. Il ne faut même plus traîner par ici. Lève-toi vite et retourne
chez toi, avant que le soleil ne se couche !
Le cœur triste, Lafili retourna sur ses
pas en compagnie de son enfant.
Immédiatement après son départ, Kélénako
se leva et éclata de rire. Il rit beaucoup, il rit tellement qu’il en pleura.
Il s’approcha de ses greniers de mil et s’exclama :
- Eh ! Moi Kélénako ! Que je suis heureux ! Un grenier, deux
greniers, trois greniers, quatre greniers, cinq greniers …. Eh !!
Impossible de tous les compter. Ils sont tous remplis de bon mil. Ce n’est à
personne d’autre qu’à moi ! Je suis béni ! C’est là et ça ne finira
jamais ! Ma petite sœur est venue me demander du mil. Je lui ai juré
n’avoir aucun grain chez moi. Je l’ai bien eu ! C’est ça que j’aime
faire : être méchant avec les gens. Pour être vraiment méchant, il faut
commencer par l’être sans réserve avec sa famille. Comme cela, on n’hésite même
plus avec les autres. Pour se faire craindre par ses semblables, il ne faut vraiment
pas hésiter à aller jusqu’à gifler un cadavre sous leurs yeux.
Sur ces mots, Kélénako se faufila entre
ses greniers en riant aux éclats. Tout en se promenant, il continua à faire
l’éloge de la méchanceté.
Soudain, il sentit une vive douleur à sa
colonne vertébrale. Il eut l’impression que son corps s’étirait petit à petit.
Horrifié, il constata que ses membres inférieurs s’allongeaient. Tout son corps
se mit à le faire souffrir et la douleur devint vite insupportable. Il poussa
un hurlement et toute sa famille accourut vers lui.
Alors, sous les yeux de ses femmes et de
ses enfants, Kélénako se métamorphosa en un gros serpent. Seule sa tête resta
intacte. Il s’adressa alors à sa famille :
- Allez me cacher dans ma case. Faites tout pour que mes ennemis ne sachent
pas que je me suis métamorphosé. Que s’est-il passé ? Je vais vous le
raconter... Ma petite sœur vient de partir à l’instant. Elle m’a supplié de lui
donner un peu de mil et je l’ai chassée en lui disant que je n’avais rien. Mes
enfants, qu’aucun d’entre vous ne fasse plus jamais de mal à une de ses sœurs.
Jusqu’à aujourd’hui, les bambaras ont une
grande considération pour leurs sœurs. Tout le monde sait que la méchanceté ne
reste jamais impunie.
suite.......
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